Créer une entreprise : les 10 choses qu’on ne m’avait pas dites

1. De la difficulté de définir son positionnement

Mon idée semblait claire : contrôleur de gestion de profession, je ne voulais pas changer de métier, mais l’exercer différemment, en proposant à des entreprises trop petites pour embaucher une personne de mettre en place des outils simples de suivi d’activité et de gestion de la performance.

J’ai rapidement intégré la nécessité de ne pas trop insister sur ce terme « contrôleur de gestion » : la plupart des gens ne savent pas trop ce que c’est, la notion de « contrôle » n’est pas positive, on pense à « contrôle fiscal », « contrôleur de train » et l’uniforme gris qui va avec, bref, on ne voit que le côté austère des notions que ce mot recouvre, sans apprécier toute la valeur ajoutée que cela peut apporter à l’activité d’une entreprise.

Je ne compte plus le temps passé à la conception et à la rédaction de mes supports de communication, de mes fiches produit… pour arriver à un résultat, certes satisfaisant, mais qui est appelé à évoluer régulièrement en fonction des réponses du marché. That’s life…

2. OUI, un bon business plan, c’est important !

A notre époque où la source principale d’informations sur tous les sujets s’appelle Internet, ce n’est pas compliqué de trouver réponse à cette question initiale : « je veux monter ma boîte, comment faire ? ». C’est en revanche un peu plus complexe de faire le tri et de savoir quelles sont les étapes incontournables et dans quel ordre il faut faire les choses…

J’ai choisi, dès le départ, de m’adresser à la Chambre de Commerce et d’Industrie de ma région, par l’intermédiaire de laquelle j’ai rencontré une « conseillère création », qui m’a accompagnée tout au long du processus et qui m’a donné tous les conseils nécessaires.

A la CCI, au cours des ateliers auxquels j’ai participé – approche marché, plan financier, communication, pour ne citer que ceux-là – on insiste énormément sur la nécessité de rédiger un gros rapport nommé Business Plan, qui détaille bien sûr le volet financier, mais qui est aussi la vitrine du créateur d’entreprise : qui il est, ce qu’il a fait auparavant, son idée de création. Comment il va s’y prendre. L’étude de son marché – ses clients potentiels, mais aussi ses concurrents. Je le sais, je suis passée par là : tout cela prend ENORMEMENT de temps.

Mais NON, pas question de zapper cette étape, ou de torcher en vitesse 3 ou 4 pages. C’est ce document qui va vous permettre de convaincre les banques et autres organismes de financement, qui va donner envie à des partenaires de travailler avec vous (expert-comptable, avocat…), qui va jeter les bases de votre stratégie commerciale, bref, qui va vous représenter, vous et votre projet, et inspirer confiance en celui-ci.

 3. Patience et longueur de temps…

Mon ancien DAF m’a dit un jour : « mais enfin, comment est-il possible que ça vous prenne autant de temps, ce n’est quand même pas difficile de créer une société ! » Créer une société, non ; on rédige des statuts, on remplit quelques formulaires, et hop ! C’est fait.

Ce qui m’a pris du temps, c’est, comme je l’ai déjà évoqué plus haut, définir mon positionnement. Faire mon étude de marché – et encore, je ne suis pas allée aussi loin que je ne le voulais, par manque de temps. Rédiger mon business plan – une V1, puis une V2, une V3… Consulter des banques. Attendre les réponses. M’entendre dire que ce serait mieux d’y adosser un prêt d’honneur, et faire les démarches pour l’obtenir. Demander une garantie auprès d’un fond régional. Présenter mon dossier dans des commissions qui n’ont lieu qu’une ou deux fois par mois. Souscrire une assurance professionnelle et mettre dans la balance tous les autres contrats familiaux. Fournir les 2-3 documents forcément manquants – et non spécifiés sur la liste des pièces à fournir. Admettre que le monde s’arrête de tourner entre le 20 décembre et le 5 janvier.

 4. On ne prête qu’aux riches

A titre personnel, je n’ai jamais eu de mal à emprunter de l’argent. J’ai fait partie des « bons clients » des banques : couple stable, 2 salaires de cadres à temps complet en CDI. Je n’ai recours au crédit que pour des achats importants : maison, voiture. Je m’imaginais donc, très naïvement, qu’emprunter une somme équivalente au tiers de la valeur d’une voiture familiale standard serait une formalité, d’autant plus que je pouvais largement m’autofinancer et que ce montant était plusieurs fois disponible sur ces fameux « Plan Epargne » qu’ils savent si bien nous vendre (PEL, PEE, PEANUTS…)

Eh bien, non, en fait. Ce n’est pas le premier contact qui est difficile à établir ; les commerciaux, qu’ils soient du secteur bancaire ou non, sont plutôt contents de rencontrer de nouveaux clients potentiels. C’est à l’étage d’au-dessus que ça coince. Là aussi, les dossiers passent en commission, c’est au niveau régional que ça se décide, l’avis du commercial n’est que consultatif. Il n’est pas souvent joignable. Vous fait patienter. Et finit parfois par lâcher le morceau : « je ne peux pas vous suivre ». Mais pourquoi ? Dans mon cas, sur les quatre établissements bancaires que j’ai consultés, trois m’ont donné un accord de principe, le dernier a refusé… sans me donner d’explication particulière. Mais après des semaines d’attente quand même.

5. Des « professionnels » qui ne le sont pas toujours

Par l’intermédiaire de la CCI, le moment venu, on peut consulter gratuitement des professionnels qui apportent leur expertise sur votre projet : expert-comptable, assureur, banquier, juriste… c’est une étape nécessaire et les entrevues dont j’ai pu bénéficier ont été de très grande qualité.

C’est parfois un peu plus tard que les choses se corsent. De bonnes âmes vous convainquent que « ce n’est pas la peine d’en faire trop pour le business plan, vu votre projet ». Les mêmes prétendent qu’il n’y aura aucune difficulté pour le prêt bancaire. L’expert-comptable prend la main sur votre plan financier en y insérant ses honoraires exorbitants (sans vous en parler, bien sûr). Il laisse passer des « grosses bourdes » (de votre fait, mais il me semble qu’il est là aussi pour contrôler ce que vous avez fait). Il vous propose la mise en place de tableaux de bord de suivi d’activité (c’est juste mon métier, c’est comme si j’essayais de vendre du pain à mon boulanger). Le juriste vous propose des statuts dignes d’une multinationale. L’avocat fait le tri, puis se rend compte que c’est chronophage et que les 30 mn prévues pour l’entretien sont déjà passées au tiers du document. Va pour les statuts de multinationale.

 6. Vous servez de faire-valoir malgré vous

Bien entendu, l’argent est le nerf de la guerre et les services offerts par la CCI ne pourront rester de bonne qualité que s’il y a un public de créateurs d’entreprises qui les utilisent.

J’ai donc été régulièrement invitée à divers ateliers et autres conférences sur des sujets variés, auxquels j’ai participé la plupart du temps, dans le but d’élargir ma réflexion et mon réseau.

Si j’en ai, fort heureusement, tiré la plupart du temps du positif, j’ai eu parfois l’impression d’être là « pour faire nombre », au bénéfice de l’organisateur plutôt que des participants…

 7. Il y a toujours des frais qu’on n’avait pas anticipés

Ah oui, au fait, il va falloir que j’établisse des factures. Voilà un joli outil de CRM qui m’a été recommandé par une consœur. Chouette, il est open-source, donc gratuit ! Oui, mais : on ne doit pas mettre des conditions générales de vente au dos ? Qui fait cela ? Un avocat ? Mais c’est cher un avocat !

Comment ça, l’assurance professionnelle coûte 1.200€/an ? On m’avait dit 800 !

Un cachet ! Il me faut un cachet !

Vous me dites qu’il faut compter 150€ de frais de dossier pour l’emprunt ?

Je veux bien faire partie de votre réseau qui me semble très intéressant, mais 1.700€ d’inscription pour 2 ans, c’est une somme…

Et ainsi de suite…

Donc : prévoir des « prudences » un peu partout dans son budget prévisionnel. On gagne sur certains postes, mais il y a aussi des frais qu’on n’avait pas anticipés. Et se rappeler que ces frais, fixes quelle que soit la taille de l’entreprise, sont plus difficiles à absorber dans les toutes petites structures…

Penser aux prêts d’honneur. Je dispose ainsi d’une petite enveloppe complémentaire que je n’avais pas intégrée dans mon budget de base et qui va pouvoir me servir à financer quelques extras.

 8. Communiquer, c’est un métier !

J’ai évoqué plus haut les difficultés que j’ai rencontrées dans la définition de mon positionnement, qui doit se traduire par les outils de communication traditionnels : cartes de visite, plaquette, site internet, pages sur les réseaux sociaux. Tout cela doit être cohérent, agréable à regarder, donner envie d’en savoir plus… bref, d’attirer le client potentiel !

Même si je me sens plutôt à l’aise dans la communication écrite, force m’est de constater que l’exercice ne s’improvise pas. Et que les standards en la matière évoluent rapidement, comme les collections de mode. Qui n’a pas en tête tel ou tel site aux couleurs criardes, aux fonds texturés moches et plus mis à jour depuis 1998 ? Qui n’a jamais eu en mains une plaquette « maison », format A4 replié sur papier standard, au fond parfois intéressant mais criante de manque de moyens ?

Je pense qu’il est intéressant de consacrer, dès le départ, un petit budget pour la communication de départ. Il existe sur le marché des petites structures qui travaillent sur ce marché des TPE, souvent dirigées par des jeunes entrepreneurs qui démarrent eux aussi et qui sont ravis de se faire connaître en soutenant leurs pairs.

9. Apprivoiser la solitude, même toute relative

Quand on pense « solitude du chef d’entreprise », on pense à ces « pauvres » cadres supérieurs qui ne savent même plus se servir d’un photocopieur ou réserver un billet de train, tout habitués qu’ils étaient à déléguer ce genre de tâches à leur secrétaire.

N’ayant jamais eu de secrétaire particulière aux petits soins, je regardais cela de haut d’un air moqueur… jusqu’à la confrontation parfois brutale avec la réalité : l’impression de ma première facture m’a pris deux heures de prise en mains de mon nouvel outil informatique open-source ; je n’ai pas de liste de fournisseurs habituels et la moindre démarche de comparaison de prix me prend aussi beaucoup plus de temps que je ne le voudrais ; c’est fou ce qu’il faut prévoir pour rendre un simple bureau opérationnel (fournitures administratives, Wi-Fi, imprimante, bouilloire, plante verte, etc.)…

D’où l’importance de s’entourer, de rencontrer des gens, et de ne pas hésiter à poser des questions en cas de problème. Il y a certainement quelqu’un qui est passé par là avant vous et qui est de bon conseil.

 10. Du bon usage des réseaux

Participer à des conférences, des petits déjeuners, rencontrer du monde, entretenir et étendre son réseau… j’en rêvais quand j’étais salariée et que je n’avais évidemment pas le temps pour cela. Aujourd’hui, je pourrais remplir plusieurs fois mon planning avec toutes ces sollicitations venant de toutes parts !

Dans le microcosme des « jeunes entrepreneurs rennais », on croise et recroise souvent les mêmes personnes ; celles que l’on voit partout sont-elles celles qui font le plus de business ? Comment en tirer le meilleur avantage temps / budget / apport personnel / retombées positives ? Quels sont les réseaux les plus efficaces ?

La réponse à ces questions reste ouverte, pour le moment. J’espère avoir bientôt de jolies histoires de rencontres à vous raconter, et de bons conseils à prodiguer.

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